Malgré une enveloppe record de 3,81 milliards d’euros d’aides versées en 2025 et la réouverture du guichet MaPrimeRénov’ en février dernier, le marché de la rénovation énergétique enregistre un cinquième trimestre consécutif de recul. Décryptage des chiffres clés publiés par l’Anah et la Fédération française du bâtiment, et de ce que signifie réellement ce paradoxe pour les propriétaires et les copropriétés.
Un bilan 2025 record en valeur, contrasté en volume
Le bilan trimestriel 2025 publié par l’Agence nationale de l’habitat (Anah) confirme une dynamique financière inédite pour le dispositif MaPrimeRénov’. Au total, 3,81 milliards d’euros d’aides ont été engagés sur l’année, contre 3,29 milliards en 2024, soit une hausse de près de 16 % en valeur. Ces financements ont permis de générer environ 7,4 milliards d’euros de travaux dans le parc résidentiel privé.
Côté volumes, 307 731 logements ont bénéficié d’une aide à la rénovation en 2025, un chiffre en repli par rapport aux 340 801 dossiers de 2024. La répartition révèle toutefois un basculement structurel du dispositif :
- 120 306 rénovations d’ampleur aidées (objectif 2025 : 100 000 dossiers, donc largement dépassé) ;
- 187 425 rénovations par geste, en recul par rapport à l’année précédente.
La part des rénovations d’ampleur dans l’ensemble des projets aidés grimpe ainsi à 39 %, contre 27 % en 2024 et seulement 11 % en 2023. Le signal politique est clair : l’État privilégie désormais les rénovations performantes, multi-gestes, plutôt que les opérations isolées.
Cinquième trimestre consécutif de baisse selon la FFB
En parallèle de ce bilan public, la Fédération française du bâtiment (FFB) a publié le 17 mars 2026 son indicateur trimestriel sur l’activité de rénovation énergétique. Le constat est sans appel : au quatrième trimestre 2025, le marché a reculé de 1,4 % en volume par rapport au quatrième trimestre 2024. C’est le cinquième trimestre consécutif de baisse, malgré la confirmation d’un budget de 3,6 milliards d’euros pour MaPrimeRénov’ en 2026 et la réouverture du guichet le 23 février 2026.
Pour la FFB, l’explication tient principalement à l’instabilité chronique des règles. Les épisodes de « stop and go » – fermetures temporaires du guichet, modifications successives des barèmes, exclusions ciblées de travaux – ont durablement entamé la confiance des ménages comme celle des artisans labellisés RGE. La fédération pointe également un effet de bord du resserrement budgétaire : le retrait progressif de certaines aides (chaudières biomasse, isolation par l’intérieur dans le parcours par geste) prive le secteur de relais d’activité immédiats.
83 000 dossiers en attente : un effet d’éviction sur 2026
À la réouverture du guichet en février 2026, l’Anah recensait 83 000 dossiers en souffrance hérités de la pause de fin 2025. Leur instruction prioritaire pèse mécaniquement sur la capacité à traiter les nouvelles demandes. Conséquence directe : les délais d’instruction d’une rénovation d’ampleur peuvent désormais atteindre jusqu’à six mois, contre trois à quatre mois en régime de croisière.
Cette tension sur les délais s’ajoute à un environnement réglementaire en pleine mutation, avec notamment la réforme du DPE entrée en vigueur le 1er janvier 2026 – qui abaisse le coefficient de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9 – et le durcissement annoncé pour le 1er septembre 2026, date à laquelle l’aide à la rénovation d’ampleur ne sera plus accordée si un chauffage au gaz est conservé après travaux.
Objectifs 2026 de l’Anah : 270 000 rénovations financées
Pour 2026, l’Anah affiche une feuille de route ambitieuse mais resserrée :
- 120 000 rénovations d’ampleur aidées sur l’année ;
- 150 000 rénovations par geste, recentrées sur le chauffage bas carbone (pompes à chaleur air/eau, chauffe-eaux thermodynamiques, raccordements à un réseau de chaleur).
L’enveloppe globale de l’Anah s’élève à 4,4 milliards d’euros pour 2026, en retrait de 500 millions par rapport à 2025. Sur ce total, environ 3,6 milliards sont fléchés vers MaPrimeRénov’. La trajectoire reste donc l’une des plus élevées depuis la création du dispositif, mais les arbitrages opérationnels – exclusion de l’isolation des murs (ITE et ITI) et des chaudières biomasse du parcours par geste, conditions durcies sur les revenus intermédiaires et supérieurs – traduisent une logique de ciblage assumée.
Un signal de reprise possible au second semestre
Plusieurs facteurs pourraient toutefois inverser la tendance dans les prochains mois. D’une part, l’arrêté du 17 avril 2026, publié au Journal officiel du 30 avril, sécurise le Fonds de garantie pour la rénovation (FGR) et facilite l’accès à l’éco-PTZ et au prêt avance mutation pour les ménages les plus modestes. D’autre part, l’extension de la couverture aux prêts collectifs des syndicats de copropriétaires – via une convention de garantie solidaire – est de nature à débloquer des projets PPPT freinés par les difficultés de financement.
Ce que ça change pour vous
Pour les propriétaires occupants ou bailleurs, deux conséquences pratiques se dégagent. D’abord, le retour à la normale du guichet est effectif, mais les délais d’instruction restent longs : il est prudent de monter son dossier avec un Accompagnateur Renov’ agréé pour éviter tout point bloquant. Ensuite, le ciblage du parcours par geste sur les équipements bas carbone implique de repenser les arbitrages : remplacer une chaudière fioul ou gaz par une pompe à chaleur reste massivement aidé, mais l’ITE seule ne l’est plus dans ce parcours.
Pour les copropriétés, l’élargissement des garanties de prêt aux opérations financées via l’article 26-4 de la loi de 1965 est une avancée concrète. Couplé à un PPPT solide et à un audit énergétique réglementaire actualisé selon la nouvelle méthode DPE, le projet de rénovation collective devient plus finançable, y compris dans les copropriétés en difficulté.
Pour les vendeurs et acquéreurs, l’ajustement du coefficient électricité au 1er janvier 2026 améliore mécaniquement la lecture énergétique d’environ 850 000 logements. Un DPE émis en 2025 ou avant peut être mis à jour gratuitement, sans nouvelle visite, sur le site de l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe : un réflexe à ne pas négliger avant toute mise en vente.
Mon Écosystème vous accompagne
Dans un contexte où les règles évoluent vite et où la qualité du dossier conditionne le délai et le montant de l’aide, l’accompagnement par un professionnel agréé devient déterminant. Le bureau d’études Mon Écosystème intervient à chaque étape du parcours : audit énergétique réglementaire, DPE, Plan Pluriannuel de Travaux (PPPT) en copropriété, Mon Accompagnateur Renov’ pour les rénovations d’ampleur et diagnostics immobiliers avant vente ou location.
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Sources : Bilan trimestriel 2025 de l’Anah (PDF) ; Communiqué FFB du 17 mars 2026 ; Actu-Environnement ; Service-Public.fr – Calcul du DPE.