Un arrêté publié au Journal officiel le 26 août 2026 acte l’abaissement, à compter du 1er janvier 2027, du coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire utilisé dans le calcul du DPE : il passera de 1,9 à 1,7. Cette bascule, déjà annoncée en juillet lors d’une consultation publique, est désormais définitive et pourrait faire sortir jusqu’à 300 000 logements du statut de passoire énergétique, sans le moindre chantier.
Le texte, daté du 19 août 2026 et publié au Journal officiel le 26 août (arrêté consultable sur Légifrance), modifie le facteur de conversion de l’énergie finale en énergie primaire pour l’électricité, utilisé pour établir l’étiquette du diagnostic de performance énergétique (DPE) et de l’audit énergétique réglementaire. Ce paramètre, aussi appelé coefficient d’énergie primaire (CEP), sert à convertir la consommation réellement mesurée dans un logement en une valeur d’énergie primaire, seule prise en compte pour établir la lettre du DPE.
Il s’agit de la deuxième baisse en un peu plus d’un an. Historiquement fixé à 2,58, ce coefficient avait déjà été ramené à 2,3 lors de la réforme du DPE, puis à 1,9 depuis le 1er janvier 2026 par un arrêté du 13 août 2025. Il tombera à 1,7 au 1er janvier 2027. Le gaz naturel, à titre de comparaison, conserve un coefficient fixe de 1.
Selon l’étude d’impact transmise au Conseil supérieur de l’énergie, le passage de 1,9 à 1,7 ferait reculer d’environ 10 % le nombre de résidences principales classées F ou G, soit près de 300 000 logements (environ 200 000 actuellement classés F et 100 000 classés G). Dans le seul parc locatif privé, la baisse du coefficient devrait permettre une diminution de 14 % du nombre de passoires énergétiques, soit environ 125 000 logements.
Ce reclassement reste purement méthodologique : il ne traduit aucune amélioration réelle de la performance des logements concernés, ni aucune baisse de leur consommation effective. C’est le mode de calcul qui change, pas le bâti. Cette distinction alimente les critiques de plusieurs acteurs de la rénovation énergétique, qui redoutent qu’un reclassement administratif ne réduise l’incitation à engager de véritables travaux d’isolation.
Le principe du coefficient d’énergie primaire est simple à illustrer : la consommation d’électricité réellement relevée dans le logement (l’énergie finale) est multipliée par ce facteur pour obtenir la valeur d’énergie primaire retenue dans le calcul de l’étiquette DPE. Pour un logement chauffé à l’électricité consommant, par exemple, 5 000 kWh d’énergie finale par an, la consommation comptabilisée en énergie primaire passerait ainsi de 9 500 kWh avec le coefficient actuel de 1,9 à 8 500 kWh avec le futur coefficient de 1,7, sans que la consommation réelle du logement n’ait changé d’un kilowattheure. C’est cette baisse mécanique de la valeur retenue pour le calcul qui peut suffire, pour certains logements proches d’un seuil de classe, à faire basculer l’étiquette DPE d’une lettre à l’autre.
Pour les copropriétés, la révision du coefficient peut modifier le DPE collectif et, par ricochet, les priorités du plan pluriannuel de travaux (PPPT). Un immeuble chauffé collectivement à l’électricité qui verrait son étiquette s’améliorer sans travaux ne change pas de besoins réels en matière d’isolation de l’enveloppe ou de ventilation : le PPPT reste l’outil de référence pour programmer les travaux de conservation du bâti sur dix ans, indépendamment des évolutions successives du mode de calcul du DPE. Les syndics ont donc intérêt à ne pas attendre la publication d’une nouvelle étiquette pour engager les diagnostics techniques nécessaires à la planification des travaux.
Comme lors de la précédente réforme, les DPE et audits énergétiques établis avant le 1er janvier 2027 et toujours en cours de validité pourront faire l’objet d’une attestation actualisant leur étiquette, sans nouvelle visite du diagnostiqueur. Cette attestation sera générée de manière dématérialisée par l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe.
Cette évolution s’inscrit dans la stratégie d’électrification des usages et de sortie des énergies fossiles portée par le gouvernement, dans le prolongement du plan présenté en avril 2026. Elle est notamment soutenue par la Fédération des industries électriques et numériques (FIEEC), qui considère que ce nouveau coefficient corrige une distorsion défavorable à l’électricité dans le calcul de la performance énergétique.
La consultation publique organisée du 9 juillet au 6 août 2026 a toutefois recueilli une centaine de contributions aux positions contrastées, certains acteurs de la rénovation redoutant un effet d’aubaine statistique plus qu’une réelle amélioration du parc immobilier.
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